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Vue d’Ailleurs (Lettre APBJ – septembre 2015)

Les tendances venues des Etats Unis…viennent de partout.

Traversons l’océan Atlantique, cette fois direction l ‘Amérique du Nord. Bien que traditionnellement tous les yeux soient dirigés vers l’Angleterre pour savoir ‘quoi de neuf’ quant aux fleurs, jardins et paysages, ce sont également les Etats-Unis qui sont souvent les premiers à inventer des modes. Evidemment les modes contemporaines ne ‘fonctionnent’ plus comme les modes d’antan où toutes les filles s’habillaient en même temps de minijupes, où les jardins se ressemblaient beaucoup les uns les autres parce que les pépinières (même les plus branchées) offraient tous les mêmes couleurs ou dimensions de Cotinus ou Hydrangea. !!!
Maintenant on choisit un ou plusieurs détails qui engendrent une tendance particulière. Si la mode dicte : ‘plus de naturel’ on peut commencer un tas de compost, mais en même temps toujours traiter les allées d’un cocktail Monsanto/Bayer.
Le choix individuel domine plus que jamais. J’ai choisi 3 tendances ‘Américaines’.
Couleurs : la palette de calme
Les couleurs à la mode changent. Pour les couleurs de nos platebandes ou des bouquets de fleurs de nos intérieurs, la
palette flamboyante est terminée. Tonalités douces, fumées et poudrées/nude sont en vogue : les couleurs à chercher
sont douces : abricots, pêches, café-au-lait, gris-mauves, avec un soupçon occasionnel de pourpre riche, rouge-
rouillé et jaune de curcuma. Plutôt comme les couleurs d’un lever de soleil de début d’été.
Deuxième tendance coté couleurs est la réapparition de la couleur blanche. Franchement, en France, le blanc n’a jamais été ‘hors mode’, en témoignent tous les jardins -ou zones- blancs et monochromes. Mais les trendwatchers prévoient de plus en plus de jardins monochromes dans d’autres couleurs. Ce jardin bi-chrome noir et blanc au Chelsea Flower Show d’il y a quelques années me revient à l’esprit.

Forme/plan : résistance à la sécheresse
La limite du vignoble est déjà dans la Scandinavie, et ce n’est pas une plaisanterie.
Une tendance, à cause de chaleur et sècheresse, est le jardin de gravillons. En même temps, on prévoit des formes en
gravillons plus modernes, plus graphiques : rectangulaires, diagonales qui donnent une toute autre atmosphère que les guirlandes élégantes des buis à la Française. Les plantations naturalistes, libres, parfois chaotiques, ça c’est “out”, terminé; maintenant l’intérêt visuel doit venir de plantations robustes qui renforcent la rigueur géométrique.
Plantes: les exotiques
La génération de jeunes Américains regarde bien autour d’elle et cherche des nouveautés partout dans le monde. Dans le domaine du potager beaucoup des légumes et herbes orientales sont originaires du Japon et Vietnam, comme fèves edamame, mizunas: feuilles de laitue piquantes, et brocolis en tiges douces.
Pour les plantes du jardin non-comestibles on regarde vers l’Europe de l’Est. Les trend-watchers nous devinent une
vague de nouvelles variétés la décennie à venir. Je ne peux pas encore vous les dévoiler ici, parce que le commerce est fiévreusement en train de sélectionner et d’ améliorer les espèces.
Pour en finir, ce n’est pas étonnant que les médias sociaux aient une influence énorme sur les modes, en matière de plantes. Par Instagram et Pinterest il y a déjà des plantes qui ont leur, comme on dit, « fashion moment », leur instant de mode. Ça veut dire que le nombre des « likes » (parfois 10k ‘aime’) peut déterminer le succès commercial.
Jeanne Kortbeek

trends

Vue d’Ailleurs (Lettre APBJ – juillet 2016

Le futur n’est plus ailleurs: pots intelligents et batteries de plantes

Tandis que vous êtes, je l’espère, allongés sur une chaise longue avec vue sur la mer, les montagnes ou votre jardin, sachez qu’il y a des plantes qui travaillent dur, et qui produisent de l’électricité, assez pour charger votre portable, si important en vacances (“Je ne suis pas là, merci d’essayer à la Rentrée”).

Le monde des fleurs et plantes n’est pas a priori associé au progrès technique, mais plutôt lié à la beauté, le dépaysement ou à la nourriture. Eh bien, ici suivent 2 exemples de concepts pour vous montrer que le futur n’est pas très loin: les fleurs en pot qui cherchent leur propre lumière seront disponible en 2017. C’était récemment présenté au Festival Futur en Seine par Matthias Schmitt de l’entreprise Still Human Robotics en Val d’Oise. Il dit : “Il s’agit de fournir aux plantes le cerveau et les jambes que la nature ne leur a pas confiés”. Le pot de plants est muni d’une diode qui peut être bleue si le plante a besoin d’eau. Une autre invention par la même entreprise : un pot spécial, ressemblant à une sorte de tambour, monté sur 2 roues qui permettent à la plante de se déplacer… à la fenêtre, s’il y a trop d’ombre, ou sortir dehors quand lui manque l’eau de pluie.

Je ne pense pas que nous, jardiniers, rêvions de ça, mais quand même, quelle inventivité.

Une autre invention semble plus pratique et astucieuse : la batterie plante. Il est à voir de près au Festival International des Jardins à Chaumont sur Loire, ou il y a 27 jardins à visiter. Les participants viennent de France, d’Angleterre, de Russe, de Suisse, des Etats Unis, de Belgique, du Canada, d’Italie, de Chine et des Pays-Bas. Eh bien, 2 ‘femmes de plantes’ de ce dernier pays ont construit un toit-terrasse nommé “Rooftop Power Plant” où les plantes produisent de l’électricité. Elles ont mis des grandes, vraiment immenses photos des toits de Paris, si caractéristiques, en rond comme si on se trouvait vraiment au sommet de la capitale. Les bacs, ou plutôt les batteries, de plantes sont plantés de plants de marais (par exemple Lythrum salicaria, menthe, Carex) alors sous l’eau, parce que l’eau conduit l’électricité.

Le principe est aussi simple que génial : grâce à la photosynthèse les plantes font du sucre qui les fait pousser. Le surplus de sucres est évacué par les racines, elles le ‘donnent’ à la terre. Les bactéries du sol  mangent les sucres, et par ce process, les électrons libérés seront captés par 2 fils en titane. Un fil au dessus et l’autre en dessous du bac, ce qui produit un + et un – ce qui génère de la tension, alors de l’électricité. Ce procès continue jour et nuit (sauf quand il gèle, bien sûr).

Pour une ampoule LED il faut 1 m2 de batteries de plantes, mais les développements vont vite : le “Bioo Lite”, un petit pot de plante vous permet de charger 3 iPhones par jour.

Bonnes vacances !

Jeanne Kortbeek

 

Pour en savoir plus :

25eme édition du Festival Chaumont sur Loire
Jusqu’au 2 novembre 2016
www.domaine-chaumont.fr

Rooftop Power Plant sur Facebook
Bioo Lite, charger votre portable par une plante.
www.indiegogo.com

geneve

Vue d’Ailleurs (Lettre APBJ – avril 2016)

Les herbiers des Conservatoire et Jardin botaniques de Genève: témoins de la richesse végétale

Bien que la fin d’hiver ne soit pas le moment le plus évident pour visiter un Jardin Botanique dans nos contrées, celui
de Genève en Suisse montrait déjà que l’on peut s’y régaler. La raison de ma visite, la neige à peine fondue, est qu’il
fonctionne aussi comme Conservatoire scientifique. A première vue, il semble que nous, jardiniers, n’ayons pas grand chose à voir avec ces scientifiques, mais les conséquences du travail des botanistes nous regardent de temps en
temps. Ce conservatoire contribue à la fixation tous les 6 ans du Code de Nomenclature Botanique, commencé par
Linné. Ça peut donner pas mal de changements, par exemple, Hepatica nobilis, en fleurs actuellement, ne répond plus à ce nom, mais s’appelle désormais Anemone hepatica.
Encore plus intéressant est la collection gigantesque d’herbiers. Le Conservatoire Botanique de Genève est un des plus grands du monde et se spécialise entre autres aux plantes bien connues : la flore de l’Europe et de la région méditerranéenne. Le début de cette collection remonte au 18ème siècle. D’ailleurs, dans l’étonnante bi-
bliothèque, on découvre que la collection rassemble la quasi-totalité des imprimés sur les plantes, jamais publiés, comme des ouvrages des 16ème et 17ème siècles ainsi que de nombreuses gravures.

Les herbiers

Concentrons nous sur ces célèbres herbiers, leur richesse et leur diversité. Voici pas mal de chiffres. Vous êtes préve-
nus…Les herbiers rassemblent des spécimens du monde entier, plus de 6 millions d’échantillons. Tous indispensables à la recherche botanique en reflétant la diversité végétale passée et présente. Comme ça
c’est un instrument essentiel de compréhension et de conservation de la biodiversité.
Il n’y a rien de ‘poussiéreux’ dans cette collection d’herbiers, au contraire : chaque année environ 20.000 nouveaux échantillons s’y ajoutent (= 150 m de rayonnages). Ils sont acquis par échanges, dons ou achats. Et ça ne va pas s’arrêter bientôt, parce que notre terre abrite 350 000 espèces végétales, dont on estime que 10% sont toujours inconnues ou pas encore décrites.
Evidemment, collectionner des herbiers, c’est une affaire internationale : des botanistes du monde entier visitent et étudient les collections un peu partout et par leur expertise contribuent à l’amélioration du classement du monde végétal. Le même est valide pour les prêts entre instituts. Le CJB de Genève envoie en moyenne 80 prêts par an, contenant chacun entre 1 et 1000 spécimens. Souvent la durée des prêts dure 5 ans ou parfois même 35 ans. Actuellement, près de 30.000 échantillons sont en prêts dans le monde entier. En fait, un mega troc-plantes sans arrêt….

Contre les ravageurs

La conservation et l’entretien de cette collection ressemblent pas mal à notre travail au jardin : une lutte intermina-
ble contre la nature transitoire indésirable. Parce que conserver, dans le sens littéral, ça
veut aussi dire qu’il faut veiller aux petites bêtes et aux moisissures. Une infestation
peut attaquer des pans entiers d’une collection en quelques semaines.
Comment lutter ? Par congelation à -30°C pendant 8 jours pour tout nouvel échantillon
ou pour un retour de prêt. Malgré ces précautions, un insecte ravageur peut quand mê-
me avoir faim et attaquer. C’est pour ça que l’ensemble des herbiers est désinfecté tous
les 2 ans par un gaz volatile très toxique : 3 inhalations suffisent d’occire un jardinier
costaud !!! Cette opération dure une semaine, le gaz agira pendant 48 h, le reste de la
semaine il faut aérer les locaux. En 2014 cette opération s’est déroulée pendant la pau-
se des fêtes de fin d’année….
C’est tout un monde inconnu et les herbiers sont seulement ouverts à la visite en grou-
pe sur réservation, mais toute la collection est accessible par une base des données sur
internet. Pour toutes nos plantes vous pouvez trouver toute information botanique, ima-
ges inclus.
Jeanne Kortbeek
Pour en savoir plus :

La CJB (Conservatoire et Jardin Botaniques) de Genève couvre 28 ha en comptant 16.000 espèces de plantes, dans l’arboretum, jardin de rocailles, plantes médicinales, grandes serres, le jardin du toucher et de l’odorat, le Botanicum, etc. Site : www.ville-ge.ch/cjb/
Le vaste programme d’activités se déroule de mars à septembre 2016.   Accès a la base de données : http://www.ville-ge.ch/musinfo/bd/cjb/chg/index.php?lang=fr