Piet Oudolf

Vue d’Ailleurs (Lettre APBJ – septembre 2015)

Le paysagiste Piet Oudolf : la plantation en matrix
Esthétique et durable

Cet été extraordinaire donnait ici et là toute juste la quantité d’eau de pluie pour ne pas faire crever les plantes, un ‘aestas horribilis’ qui donne des réminiscences de l’été caniculaire de 2003 avec tant de soucis et travaux.

C’est un bon moment de réflexion sur une alternative moins exigeante et plus résistante aux chaleur et sècheresse. Traditionnellement c’est fait en hiver, quand les dahlias dorment dans la cave et les bulbes de perce-neiges sont déjà actives, mais leurs nez encore invisibles. Par contre, en automne on a encore des mémoires vives du travail d’entretien et d’arrosage.

La plantation en matrix

Piet Oudolf est un pépiniériste et paysagiste néerlandais et représentant de « la Vague Néerlandaise » (The Dutch Wave) et renommé en Europe et les Etats-Unis.

Ses plus grandes œuvres sont : « Gardens of Remembrance » à New York,  en mémoire des attentats du 11/9/2001 ; et Highline également à New York. En France, il a dessiné récemment le jardin pour l’exposition Chanel No.5 Culture  à Paris en 2013.

Pourquoi ne pas créer un ‘mixed border’ d’une manière plus naturelle, plus facile à entretenir et plus durable que nos borders traditionnels ? Oui, je le sais: 3 x ‘plus’ va nous mettre tous en garde; trop de positivisme, il faut s’en méfier.

Quand même, le concept innovant du paysagiste Piet Oudolf peut nous servir. Il a conçu la plantation en matrix, le ‘matrix planting’. Ça semble mathématique mais, au contraire le résultat est très naturel et sans chichis. Ca consiste à choisir quelques plantes de base, ne pas les planter en groupes mais les mélanger et planter ici et là pour un effet naturel. Ajoutez des plantes qui donnent des accents et sont intéressants pas nécessairement par leur couleur, mais par leurs formes, leurs feuillage et structure, (également après la floraison) et à compléter avec des accents colorés. Oudolf dit : « plantation en matrix, c’est quand une ou disons au plus haut 5 plantes dominent, formant ainsi le matrix, dans lequel les autres plantes sont mélangées ».

Nos borders traditionnels consistent d’environ 15 à 20 types de plantes différentes qui idéalement aiment votre sol, humidité et luminosité, sont plantées en groupe, en hauteur, par couleur, et par temps de floraison. Il faut les tuteurer, arroser, désherber, couper les fleurs fanées, on doit déjà penser à ce qu’on va changer, ajouter, troquer (😀) ou même expulser !

Oui, j’exagère, juste pour faire le point d’entretien et d’ennui.

Applications

Piet Oudolf a bien fait œuvre de pionnier, mais d’autres sont aussi renommés pour leur adoption de la plantation en matrix, comme Sarah Price, qui a créé le Village Olympic à Londres 2012, ou Adam Woodruff qui a un site très informatif. (Voir insert) Plus près, à Monaco, travaille James Basson qui explique: « [matrix planting] est conçu sur l’idée que dans la nature les plantes forment des communautés durables qui excluent les concurrents comme les mauvaises herbes, et qui en même temps nourrissent et protègent les plantes qui appartiennent à cette communauté. La plantation en matrix tente de reproduire ces communautés au jardin, et en cours d’établissement élimine le devoir de biner, désherber, pelleter et arroser. »

Liens Utiles

Oudolf

×   A lire pour savoir plus : « Plantations, nouvelles perspectives » par P. Oudolf et N. Kingsbury, ed. Ulmer.

×   5-culture.chanel.com/fr/exposition/
×   www.thebattery.org/gardens-of-remembrance/
×   www.oudolf.com

Autres paysagistes « matrix »\

×   www.scapedesign.com/fr/
×   sarahpricelandscapes.com/
×   www.noelkingsbury.com

Imaginez un border tranquille : quelques graminées qui sont bien costaux, par exemple Stipa gigantea et Calamagrostis restent beau du printemps à la fin de l’hiver, ou il faut les couper à la  mi-février. C’est vite fait par débrousailleuse, et les morceaux des tiges servent en paillage. (Moi, je mets le feu dedans, ça va plus vite et le potassium les nourrit en plus.) Mélangez-les aux plantes extrêmement faciles et encore belles quand elles sont défleuries. Pour en nommer quelques-unes : Fenouil pour ses ombelles plates ; Anémones du Japon pour leurs petites têtes rondes ; Cimicifuga pour ses cierges blanc d’abord et foncés après ; Baptisia australis pour son feuillage bleu-vert ; Pivoine arbustive  pour ses tiges rouges et feuillage vert clair. Et c’est fait.

Un autre exemple: nos jardins ou parcs en Bourgogne sont souvent d’une taille considérable et situés en plein campagne. Les limites sont marqués par les haies taillées ou libres. Et, bien sûr, c’est beau les têtes de nos voisines Charolaises juste au-dessus du Taxus ou entre les Crataegus. Mais il y a un autre concept pour la transition du jardin d’un côté, à la campagne de l’autre côté : imaginez derrière des parterres pleins de buis, rosiers, vivaces, en configurations formelles, de voir une bande de terrain de plantation en matrix qui adoucira cette transition.

Suivre le dictat ?

C’est comme dans la mode. On ne s’habille pas totalement en Prada ou en Céline, vêtements, chaussures, accessoires, joaillerie, ça représente du mauvais gout. La plantation en matrix, c’est pareil, choisissez ce qui vous plait, ce qui rend le jardinage plus facile, plus naturel et durable, mais toujours beau. Un dernier exemple, moi je ne peux pas vivre sans dahlias, je les ai plantés entre les graminées. « Rien de naturel » au dahlia, parce que beaucoup de travail, et souvent cet été quand je les arrosais tard le soir, j’ai vu la sourire supérieure de Calamagrostis  Karl  Foerster attenante…qui a reçu pas plus de 3 averses en 4 mois et qui a pourtant envie à l’été 2016.

Comme nous.

Jeanne Kortbeek